La B.A.C. Nord

Intrigué par une publicité éloquente, je suis donc allé voir ce film de une heure 47.

Tout y est tellement intense que l’on ne voit pas le temps passer. L’acteur principal est Gilles LELLOUCH. Avec ses deux potes, ils forment un équipage Bac. Un beau blond (François CIVIL) se fait remarquer par son chignon comme un footballeur de l’OM. Le conducteur habituel (Karim LAKLOU) est un bon rondouillard, jovial mais pas bavard, parlant par son regard désapprobateur ou vif d’envie d’y aller. Il va avoir et aura un beau bébé avec une épouse elle-même de la Grande Maison au standard du 17, qui leur donne des tuyaux pour que son mec et ses deux équipiers interviennent et fassent un «crâne»    .

Leur chef direct, un capitaine prudent pour sa carrière, tellement qu’il va lâcher son trio quand on les accusera de trafic de drogue en bande organisée … L’IGPN descend et met tout ce beau monde en GAV après une perquisition domiciliaire très «fouillée…»

     C’est quoi ce reproche ? Le beau blond à une informatrice de qualité : elle va lui balancer un énorme arrivage par go fast (c’est aussi le titre d’un bon film de 2008 avec Roschdy ZEM), finissant sur le quartier des Oliviers de Marseille. Jeu de mots pour ne pas dire quartier des «Marronniers» où vient justement de se faire remarquer un jeune de 14 ans , inconnu de la Police, tué par une bande rivale, bande provoquant deux autres blessés dont un petiot de 8 ans en voiture avec son père .L’autre jeune blessé de 14 ans serait connu pour stups.

Je reparlerai de cette histoire.

Le récit du film est annoncé comme s’inspirant de faits réels, sans  en être la copie exacte. Car des collègues attendent leur prochain procès, impliqués de la même manière que notre trio du cinoche.

Dans ce film violent, relatant la stricte violence réelle des quartiers nord de Marseille devenus des chaudrons, où les dealers contrôlent les passages et venues dans leur quartier, le monde est à l’envers.

Ce sont eux qui font la loi, leur loi, celle du quartier ; la Police n’y a plus sa place. Il y a longtemps qu’elle a été obligée de lâcher prise faute de moyens et de soutiens politique et judiciaire ,sinon au risque de se faire tirer dessus ou d’avoir des soucis disciplinaires, ou les deux en même temps.

Les truands ont des kalachnikovs contre des armes de poing poulagas, et arrosent de rafales sans complexes. Ces armes de guerre viennent de tous les lieux de conflits, Liban, Europe centrale, Afrique du nord ou subsaharienne, etc… Se vendent à prix bradés. On voit que les flash balls sont utilisés, mais ne valent pas le P.M.

On ne peut rester indifférent après avoir vu un tel film. Y ayant emmené mon petit-fils de 17 ans, il a découvert un monde impensable pour un lycéen vivant en monde urbain normal. A son lycée public, le meilleur du département, il n’a jamais eu de proposition d’achat de stups. Dans son train pour aller en classe, oui, une fois. Bref, il vit en milieu protégé et a reçu une leçon de géopolitique importante.

Ce trio ne veut pas «balancer» leur indique, belle gamine maghrébine qui a donné cet arrivage contre une garantie d’être protégée et 5 kilos de came. A tel point que les mousquetaires seront lâchés par le 4° de l’équipe, leur capitaine, qui nie avoir été au courant d’une collecte de stups sous la contrainte de poursuites judiciaires abandonnées contre l’abandon de la came achetée , provenant aussi d’autres collègues qui ne parleront pas pour sauver leurs trois potes de peur d’aller au trou avec eux !

Le flic joué par Gilles LELOUCH craque en taule. C’est trop injuste d’avoir été confronté à son ami le capitaine qui le lâche devant la juge d’instruction, confirmant l’incarcération. Le pitaine voulait une belle affaire pour sa 4° barrette, mais pas d’emmerdes de niveau national puisqu’après le préfet et le maire de Marseille, Jean-Claude GAUDIN, le ministre Manuel VALLS lui-même va hurler aux loups contre eux. Ils sont totalement «dézingués»,   sachant ne pouvoir compter que sur eux-mêmes. Dans le film, est montré l’intervention télévisée de M. Valls contre eux. Cela est comme une signature pour lier la fiction à la réalité…Espérons que ce film aidera à faire comprendre ces policiers lors de l’audience correctionnelle prochaine !

Qu’est ce qui peut les sauver et sortir Gilles Lelouch d’une déprime terrible ? Balancer l’indique ! Le beau blond à chignon va décider d’arrêter le massacre,  son copain devient fou, il demande à voir la juge et lui donne son indique. Il en est malade, car il avait une parole, lui !

La jeune femme confirme avoir reçu les 5 kilos de cannabis en échange de l’info sur l’arrivage où il fallait bien suivre le sac contenant la came provenant du Maroc, car elle ignore l’adresse de la nourrice recevant le gros paquet…

Pas facile, mais nos héros y arrivent grâce au collègue rondouillard, qui se retrouve enfermé et seul dans les escaliers de la nourrice, entendant les délinquants proches de lui. Il doit menacer  une mère de famille et son gamin d’une douzaine d’années pour se planquer dans leur appartement, et y reçoit un coup de couteau du fiston de la locataire.

Car ce sont eux  trois les héros, sans hésitation…Bon, ils ont déconné de ne pas faire inscrire leur indique sur le livre ad hoc, ils ont franchi une ligne blanche qui n’était pas de l’héro, seulement de la «beue», mais 5 kilos, cela fait du fric…

Là est leurs deux bourdes, suite au refus du pitaine de leur rétrocéder en prenant sur les scellés. Perso, je ne vois comment ils auraient pu faire, sauf à pleurer la perte d’un gros scellé qui aurait défrayé la Justice. Ou rogner sur l’ensemble en prenant 5°/° et refaisant les scellés ; là, je ne vois pas trop comment c’était possible. Sauf accord avec la haute hiérarchie, mais sans le parquet, c’est toujours très risqué et les officiers comme les commissaires, sauf rares exceptions, font leur carrière. Bref, pas de vagues camarades…

En quoi ce capitaine a failli ? Il a failli en fidélité d’amitié poulaga. Dans le film, les autres collègues de la Bac disent qu’il a ainsi sauvé son service du Nord de Marseille, et donc eux en même temps. Un peu facile comme excuse. Dormez tranquilles.

A la fin du film, l’indique donnée, le trio est aussitôt élargi. On nous montre que le nouveau papa  a refait sa vie, le beau blond est devenu infirmier en milieu carcéral – il a aimé ça alors, la taule ? – ce qui est peu crédible sauf à n’être qu’aide-soignant. Gilles LELOUCH révoqué, bosse comme agent municipal.

 Un «happy end» superbe, qui risque de ne pas être les suites du prochain procès qui aura lieu dans quelques jours dans la cité phocéenne.

Les BAC ont été créées en février 1991. Perso, je les crois indispensables. Ce que j’en ai vu moi-même : des gars motivés, faisant du bon travail dans des conditions déplorables.

Pour Marseille, leur vie est de la folie. 156 points de deals sur la ville, plus de 250 dans le département…C’est donc vider la Méditerranée avec une louche, celle de Lelouch. Un point de deal fait entre 30 000 à 50 000 euros par jour. Donc, vision moyenne fixée à 40 000 euros, sur la ville, 40 000 x 156 =  6 240 000 euros par jour. Au niveau départemental, 40 000 x 250 = 10 000 000 euros par jour. Qui dit mieux   ?

Samia GALLI, sénatrice locale, avait souhaité d’utiliser l’Armée. Je trouvais cela abusif, irréalisable. Mais finalement, en appui des collègues sur une  très vaste action de ménage généralisée, pourquoi pas ! Mais gare aux autres banlieues qui vont exploser par solidarité professionnelle.

Parler de «territoires perdus»  de la République sans que cette dernière tente de sauver ses enfants, c’est simplement de la lâcheté. D’autant que ceux qui tiennent ces quartiers sont totalement cagoulés, comme en état de guerre.

Une éditorialiste, Hala OUKILI, a bien défini le total dépassement de la police sur le besoin d’interventions lourdes avec des armes de guerre. Nos gars en OPEX savent faire. Mais qui aura le courage pour y aller de cette manière ?

En France, chaque année, c’est des bénefs de 3 milliards à 3,5 milliards qu’apportent ces trafics, à tel point que ce fric est compté dans l’économie générale du pays comme création de richesses, preuve de notre pauvreté…Preuve aussi d’un manque de courage pour tacitement avaliser l’aspect financier des stups.

Un chouf –  guetteur -, souvent des minauds de 14 ans, se font 50 euros par jour, soit 50 x 30 = 1500 euros par mois  pour guet de 11H00 à 22H00. L’école ne sert donc à rien, car sur place, plus tard, ils peuvent devenir celui que l’on appelle le charbonneur, le «vendeur principal, central », se faisant 500 euros par jour, soit 500 x 30 = 15000  euros par mois. Qui va le faire quitter ce milieu en lui parlant d’apprendre la soudure ou l’électricité à l’AFPA ? Faut atterrir, ne plus être «hors sol ». La réponse ne peut pas être de la guimauve, il faut arrêter de rêver, on est dans du «dur». Le placement dans des familles d’accueil est pure ânerie démagogique irréalisable, par une législation concernant les mineurs dépassée, obsolète.

C’est ce refus des politiques de tous bords de regarder en face la dure réalité de ce monde hors normes, un pays rebelle dans la France, comme on trouvait au Moyen-âge des endroits appartenant à la seule pègre où le roi devait intervenir avec son ost et son arrière ban. Ce n’est pas d’hier que cela existe. La cour des miracles de Paris était déjà une plaie béante, mais surveillée.

Marseille, sa «French connexion», a toujours été une ville gangrenée par la drogue, et avant par d’autres trafics facilités par les navires au port.

Par peur de ce milieu très puissant, les nazis ont détruit les quartiers  verreux du Vieux Port pour leur éviter un poing dans le dos. Ils avaient pigé qu’une sorte de mafia locale allait passer dans et avec la Résistance contre l’occupant. Et cela leur a coûté cher !

Mémé Guérini et autres, à cette différence, étaient des majeurs endurcis et vaccinés.

J’ai passé début des années 80, 5 jours à Marseille.

On a dû payer un garage pour que la voiture ne soit pas dans la rue, car chaque nuit les vols roulotte pleuvaient. De  nuit, de ma chambre d’hôtel, j’entendais les vitres des bagnoles péter et les alarmes gueuler, sans faire partir les voleurs.

 Chaque jour de mon bref passage, un flinguage a eu lieu. L’évêché (nom de l’Hôtel de Police), n’arrivait pas à suivre…Les collègues disant ouvertement     :    ‘’Tant qu’ils se flinguent entre eux, on compte les points… ‘’ Mais ils bossaient en  réalité pour piger qui faisait quoi et pourquoi.

Je rends hommage au «Chinois», le commissaire N’Guyen, dont j’ai lu le livre, qui a été méritant et mis de côté car pas parisien. Ceci est une autre histoire, avec Broussard envoyé chez lui, ce qu’il n’a pas aimé…C’était déjà la guéguerre comme celle avec le Pr Didier RAOULT.

Un journaliste a dit que voir ce film est une invitation à voter très à droite .Les autres  en font le reproche au réalisateur, Cédric JIMENEZ   .

Le sondage auprès des spectateurs donne 85% qui l’ont aimé.

A vous de juger en allant le voir, mais pas les âmes sensibles, préférez un  dessin animé ou OSS 117.

P.S : Avec les dialogues de Michel AUDIARD cela eût été parfait.

« Et dites-vous bien dans la vie, ne pas reconnaître son talent, c’est favoriser la réussite des médiocres. »

                                                 Dominique BAGUET

 

 

 

 

 

 

   

 

 

       

 

 

      

      

 

 

 

 

 

Les commentaires sont fermés.

25 requêtes. 0,826 secondes.